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Quand je décide que je commence quelque chose, ça peut devenir un peu intense.
Au moment où le yoga est entré dans ma vie, j'avais des blessures profondes. J'en avais pas conscience, mais je cherchais quelque chose qui pourrait me guérir de mon mal-être. Je vais toujours me rappeler de mon premier cours de yoga, où j'ai été foudroyée sur place. J'avais trouvé ce que je cherchais.

J'avais huit ans quand j'ai commencé à me poser des grandes questions existentielles. Qui suis-je? Où vais-je? Je contemplais les étoiles et je me trouvais dont petite dans l'univers. Je me demandais quel était mon but, pourquoi j'étais sur la planète. Comment je pouvais aider les gens qui avaient moins de chance que moi.

Hypersensible, j'étais un vampire d'amour. Je me sentais tellement vide et j'avais besoin de me remplir. N'importe quoi qui me sortait de ce que je ressentais. Un après-midi à rien faire était un synonyme de torture.
J'aurais tellement pu tomber dans la drogue ou l'alcool. Vraiment. Mais j'aime pas être droguée. Et l'alcool avait fait des trop gros ravages dans ma famille pour que je puisse prendre ce chemin là. Je voulais juste pas marcher dans ces pas là. J'avais plusieurs générations d'exemples à ne pas suivre.

Puis le yoga est arrivé. Ça m'a fait sentir vivante, ça me remplissait et j'avais soudainement un but. Toute ma vie a commencé à tourner autour de ça.
J'ai lu tous les livres de la section yoga à la grande bibliothèque, visité presque tous les studios et école de yoga à Montréal. Des heures de pratique tous les jours.
Dans mes temps libre je regardais des vidéos de yoga sur YouTube. By the way je suis vraiment bonne pour imiter la voix de Kino Mc Gregor.

Y a quelques années si je pratiquais pas je virais folle. Agressive. Tsé comme quelqu'un qui est pas parlable avant son premier café? Bin moi ça me prenait 2-3 Salutations au soleil.
J'étais hyper intense et dévouée, à fond dans la discipline. Mon coeur voulait pratiquer tout le temps. J'en avais jamais trop.

Clairement quand des amis ont soulevé la question de l'addiction je me suis posée la question. Est ce que le yoga est une béquille? Le yoga est une pratique qui permet de trouver l'équilibre. Et oui, à certains moments plus difficile, je m'appuie beaucoup sur ma pratique.

Je me confronte de la même façon par rapport à mon cellulaire ou à l'amour.

Qu'est ce que je vais chercher? Et pourquoi? D'où vient ce vide? 

Qui suis-je sans ces dépendances? Je crois que cette dépendance aux asanas est liée à une recherche d'identité / recherche de validation.
Ça tourne sans cesse dans ma tête: les yogis pensent comme ça, agissent comme ça. Fek si je mange de la viande, sacre ou bois une bière pas bio, ça va mal pour mon éveil spirituel.
Et si j'ai pas le temps de pratiquer une journée, ou si je suis blessée? QUI SUIS JE?

La quête d'identité revient. Car sans identité, pas de sentiment d'appartenance et donc je suis seule. Ce cauchemar nommé solitude. Cette maudite solitude là qui me colle à Facebook, me fait chercher l'amour sur Tinder. Me fait pratiquer beaucoup d'asanas.

Sinon, qu'est ce qu'on fait? S'asseoir, se tranquilliser. Méditer?! Seigneur. C'est pas toujours facile.  Mais quand on cherche à s'échapper de notre trop plein émotif, de notre intensité, de notre solitude qui fait mal et qu'on s'assoit en méditation... Aouch. Y a plus d'échappatoire. Ça sort.

Si tout le monde devient accro au yoga, c'est parce que ça marche. À court terme, à moyen-terme et à long-terme. Ça te fait rentrer à l'intérieur de toi tellement profond. 

Je suis arrivée en yoga avec tellement de questions. Sur moi, sur l'humain, sur Dieu.
Ça m'a apporté tellement de compréhension. Et tellement de nouvelles questions.

Je veux pu me sauver. C'est entre autre pourquoi je me livre ici. Plus de secrets ni de prétendus. Libre.

Je veux danser avec ma solitude, l'écouter. Lui dire qu'on va être correct. 

Je suis là.

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La fois que je me suis rasée la tête...

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La fois que je me suis rasée la tête...

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> Qu'est ce qui vous fait croire que vous n'êtes pas parfait exactement comme vous êtes?

Je suis tombée en bas de mon bloc.

La société, les publicités? Et pourquoi accordez vous autant d'importance à leurs opinions? Elle ne le savait pas, mais Lynn Wachman venait de changer ma vie. Elle était venue enseigner un atelier sur l'Ayurveda dans le cadre de ma formation de yoga à Satyam. On était en 2011.

J'ai commencé à réfléchir. Et j'ai réalisé que depuis mon entrée au secondaire en 2000, je me maquillais tous les jours. Tous les jours. Même les jours où je restais à la maison. Pas capable de me voir la face au naturel. Après avoir appliqué du cache cerne, du cache bouton, du fond de teint, du fard à joue, fard à paupière, eye liner, mascara, bijoux, crèmes, parfums, etc. Après tout ça, je me sentais un peu mieux, comme soulagée.


D'où ça venait? Au primaire j'étais pas trop cute, plus intello, dans mes livres, tranquille. Puis vint la puberté, la maudite puberté. Avec les hormones au max, le mono sourcil et ma petite moustache. Les grands garçons riaient de moi, j'étais hyper mal dans ma peau. J'ai pensé que pour être aimée fallait que je sois belle. Alors j'ai plongé tête première là-dedans. Je me suis mise à lire une tonne de magazines féminins. J'apprenais tous les trucs de beauté possible. J'allais au coiffeur aux deux semaines, au salon de bronzage 3 fois par semaine. C'est pas mêlant une fois je suis sortie et ma peau sentait le brûlé. Je me blanchissais les dents. Y a rien que je faisais pas. Quand tu mets autant d'énergie dans un domaine habituellement tu finis par y devenir bon. Alors je suis devenue bonne à être belle.

Au cégep mes amies m’appelaient la pitoune. Le seul sport que je pratiquais c'était le shopping. Puis je suis tombée enceinte et ma fille est née. Je suis retournée à l'école. La famille de mon ex m'avait donné un vieux bicycle rose. Je l'utilisais pour me déplacer et me ''remettre en shape'' post bébé. Pour la première fois de ma vie je faisais du sport et j'aimais ça. C'est à ce moment là que j'ai pris conscience que j'avais la possibilité de développer un talent ou au moins une aptitude dans n'importe quel domaine, en autant que j'y mette le travail. J'ai choisi le yoga.


Fast forward 2 ans après le cégep, je suis à Satyam, ma formation de professeure de yoga est complétée. J'enseigne déjà. Je discute avec mon professeur Hervé (Prema). Il me dit: Tu devrais te raser la tête. À sa façon mi rieur, mi provocateur et mi sage qu'il a de dire des affaires vraiment deep.

(Tsé moi, je suis toujours game. Je dis oui à la vie et les challenges ça m'excite. Mais au delà de ça, ça avait cliqué dans ma tête:)

-Bin oui Prema, tu pourrais tu me raser la tête? Il m'a dit oui, a sorti son cell et on a pris rendez-vous pour 6 mois plus tard, soit le 19 février 2012. Un mélange de sentiments m'habitait: l'excitation de faire quelque chose d'un peu fou, la peur du regard des autres, mais surtout le deuil. J'allais laisser derrière moi un méchant gros morceau. Tout ce que je connaissais de moi-même. Et j'allais découvrir une facette tellement nouvelle. J'allais découvrir une fille qui s'aimait telle qu'elle était. Ça brassait fort en dedans.

J'avais les cheveux longs et j'en prenais soin. Je me suis préparée mentalement longtemps pour ce matin du 19 février. God. Je me rappelle m'être levée à 5h00, avoir pris ma douche et lavé mes cheveux, avoir mis du revitalisant. Avoir fait mon brushing... Sans nostalgie. J'étais prête.

Je suis arrivée à Satyam et il y avait Prema et 4 élèves. Antonnella (Sarani), ma première prof de yoga a été la première à me couper des cheveux, suivi des trois autres élèves, jusqu'à ce que mes cheveux soient courts. Puis Prema m'a rasé la tête. Je n'ai pas pleuré. J'étais comme libérée.

Je me suis regardée dans le miroir après, comme si je ne m'étais jamais vue. Je me voyais. Je ne pouvais plus me cacher derrière mes cheveux. Me maquiller ou mettre des bijoux me faisait sentir déguisée. Comme je voulais m'aimer et m'accepter comme j'étais, je ne voulais pas tricher avec des ornementations. Du superflu. Alors je mettais rien, ou presque.

Y a eu des bouts difficiles. Le regard de ma fille, qui me reconnaissait pas vraiment. L'incompréhension de ma famille, et de certains élèves. Je ne pouvais plus utiliser mon ''pouvoir de séduction'' pour qu'un homme m'aide à déprendre la voiture de la neige par exemple. Tous complètement insensible à mon charme, ha ha. J'ai coupé toute féminité. Pour expérimenter. Pour voir si j'étais ça. Puis en décembre 2012 j'ai récidivé. Tout rasé. Je suis restée rasée pour 6 mois. Je sentais que je n'étais pas allée au fond de l'expérience. Que je pouvais creuser plus loin. Jusqu'à ce que je réalise que je faisais ça un peu par rébellion, pour être différente. J'avais commencé à m'associer à cet image tout autant que je m'étais associée à mon image de pitoune. Mais ni une ni l'autre n'était vraiment moi.

Alors j'ai fais poussé mes cheveux.

Maintenant je me maquille souvent, mais légèrement. Mes ongles sont presque toujours vernis et je soigne mon apparence. Mais d'une façon complètement différente.

De l'extérieur ça peut sembler la même chose mais maintenant je peux sortir sans maquillage et les cheveux sales et me sentir belle.

Je ne juge plus autant. Je suis passée par une phase où je pensais que j'étais vraiment spirituelle parce que j'affichais ma spiritualité avec mon look de moine (crâne chauve et mala au cou). Maintenant je sais que les gens peuvent avoir le look qu'ils veulent et connaître une réelle connexion avec eux-mêmes/dieu.

J'ai appris à connaître plusieurs facettes de moi-même. À me questionner. Questionner mes valeurs et mes masques. J'ai appris à faire des updates sur le software. À me réinventer là ou mes actions ou mes valeurs n'étaient plus pertinentes et à m'accepter en même temps. À m'aimer.

Tout n'est pas derrière moi évidemment. J'ai encore des moments où je me sens laide ou grosse. Par contre je reconnais le pattern et d'où il vient. Et je suis beaucoup plus rapide à désamorcer la bombe.

Il n'y a pas eu de révision sur ce texte. C'est vraiment de mon cœur à ton cœur. Si ça te touche ou que tu as des question ça me fera plaisir d'échanger.

MP (Satya)

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